Ultime dimanche occidental


















Dans le ciel épais des futurs étés
Bas sous les voûtes criblées de l'ozone
Lorsque la ligne de fond continue des quatre temps soudain se tait
M'appelle, haut, l'arrondi des grands espaces
M'appellent les vols qui perforent les appartenances
Et conduisent en moins de temps qu'il a fallu de songerie
Au toucher toujours fuyant des vérités toujours fuyantes
L'avion en haut, passe, qui m'entend en cet après-midi
Chantonne déjà à mon oreille inquiète
Un morceau de sa bravoure
Le salut bourdonnant de son zèle
Déjà chantonne, attentif à passer au long de mon oreille
L'indéfectibilité de son soutien 




Août 2012


Dernier morceau de Chuter

Ultime soirée occidentale
















Impossible
Impossible de connaître déjà
L'indéracinable
Les abeilles de la métropole
Et les frites
L'irremplaçable
La poire belle Hélène
Dans le bruissement des soirs de grande chaleur
L'étonnement d'avoir survécu
L'immuable
Secrète au dos de cette mue
La mémoire
Infaillible 
De mon acide désoxyribonucléique hexagonal
L'impérissable

Août 2012

Soir moins un


Ultime journée occidentale

















Derrière le dernier jour
Cachée par la fébrilité des lumières rhodaniennes
Limée par la masse de toutes les chaleurs
La pointe d'inquiétude soudain se hérisse
L'attente d'un autre lit, l'abandon des tractations palpables
Léger vertige s'exhumant dans un éternuement
Sursaut des peurs de l'enfance
Qui se frayaient un chemin pierreux vers leur terme
S'allongeaient sous la loi obscure de tous les inconnus
L'inconnu de la hauteur
Au pas à pas, le saut
Le décollage et l'empaquetage, l'aller, l'aller
Il en est des directions choisies comme de la couleur de la peau
Un impératif et savoureux devoir
Un poids lourd et transparent à plonger dans les mélanges.


Août 2012

L'envol moins un

Cocktail de fruits rouges





 








La profusion des effets, nichée dans le cœur ombrageux des villes
Là où l'humaine disposition pour le lumineux se duplique jusqu'à l'invraisemblance
A travers la vitrine de Havas voyage
Une femme minuscule courbée sous l'inflexibilité de l'âge s'envole vers le Canada
A l'ombre gauche de la terrasse
Une femme amoureuse se perd dans les yeux de son désir sans bornes
A l'ombre droite de la terrasse
Une femme accomplie balise de son œil l'exubérance musicale de ses deux enfants


Août 2012


Lyon

Café de l'Industrie
















Août creuse sa tranchée
Les brises en amont remontent des fleuves jusqu'à nos peaux dorées
Les autochtones m'encerclent mais leur méfiance est amortie par quelques cumulonimbus
Le café restaurant de l'Industrie s'élargit au nord
Au sud, s'élargit
Il a greffé ses alvéoles au milieu de la cage thoracique de cette rue sans répit
Assis sous son haleine, on s'adosse à la soirée
La chaleur a enfin oublié sa vindicte
Elle file doux 



Août 2012

Grande rue de la Guillotière

Lyon

Croix rousse


















Îlots de chlorophylle suspendus contre les flancs du Rhône
Les rues s'essoufflent à devoir rejoindre le ciel amidonné
Chaque marche conduit au bout d'invasions
Disparues depuis la nuit des temps
Quand l'orgueil n'avait pas encore fondu sous la semelle des claquettes
Sous les hospices mal ajustés
La chaleur arrondit les angles
 Un saxophone ruisselle derrière l'été
Prise en embuscade la petite fille du tenancier sautille
Au coude à coude avec ses rêves
Les hauteurs de Lyon me cèdent un millimètre de leur soie



Août 2012

Lyon.



Vidé














Les murs seuls restent debout
Découverts enfin après tant de pudeur
Le temple des ordinaires et des passions cinglantes
Ferme ses portes sur sa réminiscence
Le lieu rebondit sur son propre écho
Vidé de tout ce qui le regardait vivre
Poussière et sables
La limite enfin se replie
En rayant l'inutile
La force de l'acte est posée au centre du  monde



Août 2012


Déménagement N°11


Jour moins un



Moins trois mille huit cent quatre-vingt-trois minutes



















L'instant sera celui des outrecuidances
Le pied sur l'accélérateur des particules en fournaise
La route large béante
Ouverte sans mot dire à ses cornes d'abondance
La route et ma nécessité, la même, la même
Aller
Aller
Aller
 Il ne restera plus rien des anciens passages
Des sièges où j'attendis la fin des convulsions
Il ne restera rien qui soit encore soumis à sa propre forme
Et la voiture, la voiture adultérine m'absoudra
Rien ne remplace ce rien là
Le moment d'aspiration
L'entre-deux des vies qui se referment
Se referment
Abandonnées à la nudité de leur ordre
L'inconsistance du mouvement
La route
Sa petite joie m'allège
L'attente toute entière serrée entre mes bras
Valises où je frémis d'avoir tant d'appétit
Pour les embarquements et leurs suites.


Août 2012

Déménagement N°10


Jour moins trois





Derniers














Tout ici sonne paisiblement son propre glas
Limpide au matin puis ténu
Disparaissant dans les interstices de son usure
Les places fortes de l'avant se referment sans compter
Ni le lieu ni le temps d'où elles s'arrachent
Pour toujours la coupe au bord des lèvres
Au ras bord de l'été finissant
L'adieu des  visions pliées sous leurs duplications
Presque infinies, presque
Le regard a tétanisé chaque muscle de mes rues
Les échoppes au long court, les allées mondaines
Dernière rumeur des vents avant qu'ils soient levés
La terre est plate quand on la quitte
Je ne redresserai pas les vols qui s'effondrent
Ni les ruées vers le soleil qui pourrit là-bas
Dernier recul dans la précision du connu
Dernier sourire plaqué sur le passage moelleux du connu
L'ouverture à nu des jeux se fait large et s'y engouffre l'irréversible
J'y vais
J'y vais


Août 2012

Déménagement N° 9

Jour moins six


Août 12









Les soutes se sont ouvertes sur un défilé impraticable de retours
L'affaire est soudain sans humour
Le temps s'expatrie et il faudra s'avancer
Sinuer, sans craindre le retard, vers la maison des sortilèges
Quatre, trois, deux
Si précise à l'heure compte enfin la fin
Et l'amalgame des jours pairs et des doutes
Le lancer du javelot perce parfois l'Infaillible
Mais nous le savions depuis notre naissance
Un
Ce sera encore loin
Mais se balance au bout de la corde
La légèreté des approximations


Juillet 2012

Déménagement N°8

Jour moins huit



Lawnmower


















Se jettent aux détours des tris méthodiques
A l'assaut des cornées
L'objet
Le reliquat
Oubliés, perdus dans un coin, des lustres
Soudain
La vivace brûlure laissée par ici
Son absence aussi, son absence parfois
Ce qu'il a laissé tomber de lui sur mes volumes
Sa griffe si longtemps
L'ablation du passé n'a pas d'âge
Je traîne
Des étonnants trucs et leur murmure
Il m'asperge de sa guise
Et tout à mon départ je m'assieds un peu
Encore, encore songeuse autour
Prise d'un léger massacre
Et j'en veux
Bitumée ma cervelle d'uchronie 
Le résultat de lui s'inflige dans certains angles
Par surprise, il est encore de mercure
Ce jour pourtant lointain de ce jour-là.




Juillet 2012

Déménagement N° 7





Sans ménagement


















Des abats-jours au sol
Des décapants au chaud
Des livres au rebut
Des pertes
Des ciseaux en veux-tu ?
Des cartons
Surtout
Des cartons
Des lampes dans le noir
Des cadres et des stylos
Des fourchettes, au moins une
Des routines explosées à la barre à mine et j'en passe
Plus de temps
Plus de temps, presque
Des chaussures reperdues
Des chaussures retrouvées
Des litres de plastiques
Avec
Des
Bulles
Des choses sales
De sales choses, des souvenirs
Une organisation à couper au couteau
Des ruines bienvenues
C'est fait
Aujourd'hui, fini !
Bientôt le désordre cosmique, ça brûle !


Juillet 2012

Déménagement N° 6



Vertes













Les lianes qui m'entourent
Suspendues aux rythmes de leurs racines
Et d'un temps sans encombre
Mes vertes filles
Lascives
Silencieuses assez pour que je les écoute
Pavées par mon œil
Qui aujourd'hui par leur efflorescence me blessent
Qui aujourd'hui par leur volonté massive de s'épandre me blessent
Laissées sur ces terres pâles
Sans mon regard qu'elles nourrissent
Depuis tant d'années qu'elles nourrissent
Mon seul abandon
Pas de partance pour vos à-coups
Je me dénude de vos fibres et votre mutité agitée m'offense
Chlorophylle de mes nuits, sages femmes
Entourant de vos tiges profuses ma nécessité
Je vous laisse
Ici
Je vous laisse
Ici
Et face à votre chant dévoilé heure par heure
A la magnificence de vos volontés
Je suis
Sur cette route ample ouverte
En danger
De devoir apprivoiser votre
Regret




Juillet 2012

Déménagement  N° 5




Vieil amour
















Des retours aux sources et des étendards
Clapton en apnée parce que c'est l'heure d'accoster
Qui  depuis tant de journées de journées enveloppe les pleins
Les déliés, tout ce qui s'assouplit aux cordes et après
Old Love qui revient dans la maison cassée
Enthousiasme mesuré
Les bannières des amours intarissables
Tendues ainsi comme avant, tendues
Les crèmes de la crème et leurs prémisses
L'entrée dans cet assez infini parler du Rock
Et de tout ce qu'il a su
Des ans
Des ans
Et la même fièvre au son
Le même urgent besoin d'aller y songer d'aise
 Et les partances 
Le vieil amour
Le vieil amour, dans le foutoir resplendissant, apaise.

Déménagement N°4

Juillet 2012

Balancer













Ce qui suit qui collera ?
Que laisser ?
Pousser les usages jusqu'à leur propre bord
Et jeter
Se débarrasser du superflu qui aujourd'hui encore semblait tout immuable
Stocké dans les fossés un peu de la mémoire 
Le petit serrement frais du sait-on jamais
L'utile
L'agréable
Et tout le temps
Le temps passé
Qui se serrent ici dans ce qui
Se range
Se tasse
Des quelques choses
Accompagner les grandes traversées
Se séparer
Des quelques choses
Se séparer
Trier
Jeter
Dans les mues,
La vieille peau, ses érythèmes
Poncée
Poussée
Pelée
Qu'est-ce que cette crainte diffuse de le regretter
Ce passage
Cette petite affaire
Ce truc ?
Ces choses incompressibles
Disparaissant
Tapissent peut-être les allées venues
D'amnésies si féroces
Qui sait ?
Les greniers de l'histoire
Ce qui suit
Entassé
Se les vider.
Couper les cordons, couper
Des monuments sans mémoire
De la mémoire sans monument.
Balancer un peu d'abord
De cette présence solide qui parlait
De ces objets qui devaient, c'était fait,
M'immortaliser le passé
Les laisser à jamais
Pour toujours
Les laisser
Jusqu'à oublier
Les laisser se laisser s'oublier
Tomber leur prix en cendres
Des retrouvailles sans cesse reportées
Qui ne survivront pas à ces vies déportées.

Juin 2012

Déménagement N° 3



Avancer d'avance














La solide répartition du temps
Lundi Mardi puis le reste
Décompte radical des dernières résolutions
Venir à bout des matières et de leur inertie obséquieuse
Chaque pas s'enfonce dans les lignes vaporeuses de l'agenda
Plus que du faire et du précis
Les angles de la réalité sont dociles
Bien élevés et plutôt doux
Leurs interlocuteurs patiemment parlent leurs langues
D'un moment à l'autre, c'est assez simple
Sans crainte aucune
Puisqu'il ne s'agit là maintenant
Que de parfaire les éléments
Le gros du flou a été rassasié
Il y a longtemps
Le vent de l'arrachement et de ses aléas musclés
Ne restent que les battements après les ébats
Un petit cercle autour des possibles
Et voilà
L'avenir n'a pas froid
On marche droit vers ce qui nous devance
Ne restent que les états après les abattements.


Juin 2012

La Martinique moins deux mois.
Déménagement N° 2

A slice of England

















On a glissé la nuit durant sur la paume des ferries
Dormi peu, dormi dur
Éveillés à l'aube par l'heure pas encore vécue et l'accostage millimétrique
Portsmouth, ouvrant ses côtes et la patience infinie de ses morts aux Malouines
Nous sacrifierons nos préjugés à l'aventure mutique des explorations

England !
England !

On sautille d'un pied sur l'autre sous le choc des scansions toussoteuses de ta langue
Et la dignité indévissable de tes haricots blancs
Toujours ébahis par les acidités de tes filles et de leurs pâtisseries
On s'immerge en y croyant à peine dans la raie de fesses attendries et dans des cheveux rouges

Émus !
Émus !

Cherchant à tâtons à retrouver le continent de nos primes beautés et leurs certitudes
Épatés !
Appâtés !

Étonnés par ce qu'il advient de tes corps
Les masses graisseuses s'imposent en dessinant leur sort
Leur volume se répand outrageusement dans l'air
Prêt à te battre même quand tu dors
On baisse les yeux par peur de trop en voir

L'appel des océans s'est tu mais la mer continue de t'envelopper
Il subsiste une marque de ce marche ou crève
Tatouée de haut en bas sur ton échine
Le style d'une arrogance millénaire et barbare par devoir
Un trait de superlatif qui déplie tes gènes
Donne un tranchant parfait à ton inépuisable décadence.




Portsmouth, Juin 2012







With these shoes?























Par paires immobiles et tendues
Elles attendent l'heure
Initiatrices évidentes des grands transbordements
Elles dessinent la carte avant moi
Ouvrent à coup de talon les estuaires obstrués
Les vannes des cours indécis
Premières à m'engager, mes chaussures, toutes
Les bleues, les danseuses, les aiguilles, les autres
Celles qui m'aident à grimper au plafond
Depuis le premier pas ont sauté avec moi sur les mines
Portant les charges et agitant le thuriféraire des saisons
Celles qu'en tout premier lieu je déplace
Sans même y songer
Comme par tacite reconduction
Les pompes toujours grandes
Accumulées dans mes greniers comme les semences
Des voyages possibles
Pas encore imaginés
Premières à jouer cet essai
De valises un peu fuyantes
Et de tableau de bord
Ma compagnie rude au sol, mon appendice
Marcher, marcher
Et de toutes les couleurs
Les pieds devant par habitude
Et longue, longue encore la route.



Mai 2012

Déménagement N° 1



Lilas




 









C'était une dernière fois
Une dernière fois
Et on n'a pas incliné nos fronts assez bas
Avant
Ni laissé les parfums désaxer nos sinus obtus
Assez

La glycine tombe d'inanition et rien de notre volonté ne l'a soutenue
Et le lilas, le lilas
Vitalité majeure des bords tempérés
Bientôt quittés
Bientôt quittés

Sait-on jamais le poids discret de ce qui se perdra ?
Et ce qui viendra par sa vacuité peupler les rêves invisibles,
Une fois la masse bleue des Tropiques
Tombée sur notre échine,
Le sait-on ?

Il restera une négligence, un temps flou
Un oubli lancinant des énivrances
De vieux amours bouclés
Vieux comme nos premiers rugissements à l'air libre
La force des sinus soumis et le cou penché

Une fois disparu,
Disparu sous les rouges en feu bruissants des Caraïbes
Le lilas,
Son empreinte, quelle désorientation effacée dans l'air ?


Avril 2012